15/12/2019 : Riches et Pauvres

Depuis des semaines, la France d'en bas s'écharpe sur ses retraites … et en guise de conclusion Monsieur Geoffroy Roux de Bézieux, représentant de la France d'en haut (MEDEF), a qualifié la semaine dernière, après les dernières mises au point de notre premier ministrable, cette réforme de « satisfaisante ». Cette position, à elle seule, me laisse dubitatif mais pas dupe, comme face à cette réflexion qui consiste à dire que le nouveau système sera plus juste. Car pour être plus juste il faut diminuer mécaniquement et inéluctablement l'écart entre le haut et le bas, et là, franchement le doute m'envahit ! Quelques preuves à mon scepticisme (doux euphémisme) ? :

Depuis 75 ans et le début de notre ère de « prospérité », les inégalités salariales n'ont jamais cessé de croitre … ce qui est normal car inhérent au régime capitaliste-libéral « imposé » par la classe dominante. Ce qui en découle donc, là aussi, de façon inéluctable, c'est que pour faire un riche, il faut faire des pauvres … et il en est de même pour le montant des retraites qui, quelque soit le système adopté ne pourra être, par pure logique mécanique, que le reflet du montant des salaires …

Et « en même temps » on ferraille grave sur des points de « détails » (régimes spéciaux, âge pivot, valeur du point, clause du grand-père …), certes largement justifiés dans la situation actuelle, alimentant ainsi abondamment le (faux ?) débat, mais qui ne gommeront en aucun cas les inégalités sociales … à moins de se sentir « rassuré » par Madame Penicaud (ministre du Travail) qui vient d'annoncer, à l'instant (hasard ?), la hausse du SMIC pour 2020 de 15€ par mois …

Dernière évocation plus centrée sur le cœur du sujet : depuis l'instauration de la retraite à points en Suède (1994 et inspiratrice de la réforme Française), la valeur du point a toujours fluctué, bon an mal an, 10 à 15% en dessous de celle promise, dur comme fer, au moment de sa mise en place … et depuis les Suédois déchantent.

Et pendant ce grand débat sur l'injustice des régimes spéciaux, des âges différenciés de départ à la retraite qu’en est-il de celle des patrons du CAC 40, des hauts fonctionnaires et autres personnels politiques ? Entend-on parler de leurs niveaux de rémunération qui, à eux seuls, sont des régimes (très) spéciaux ? Leurs retraites à eux sont elles justes ou irréformables ?

Le seul et vrai débat, c'est les inégalités qui sont la principale cause de toutes les crises sociales dans notre pays, sixième puissance mondiale, défenseur de l'exception culturelle, créateur du modèle social mis en place au sortir de la dernière guerre (par le Conseil National de la Résistance), et depuis perpétuellement combattu par la droite traditionnelle à l'exemple de Denis Kessler, ancien vice-président du MEDEF et actuel PDG du groupe SCOR, disant en 2007 (année de l'augmentation du salaire présidentiel de 172%, vous en souvenez-vous ?) : il faut « défaire méthodiquement le programme du CNR » en précisant « le gouvernement s'y emploie ».