Bonjour Monsieur Harté,

Lisant vos éditos toujours avec intérêt, il me semble que celui de ce Samedi 2 Mai contient des développements pouvant déboucher sur quelques pensées communes … !?

Ce que vous placez au centre de votre interrogation c'est le mot « travail » quelque peu secoué en ces temps tourmentés et « interdit » de tout festoiement ce 1er Mai, évènement impensable qu'aucune classe dominante n'avait pu obtenir depuis sa création en 1886 (qui n'est d'ailleurs pas franchement une fête, mais la commémoration d'évènements violents liés aux revendications portant sur la durée du travail) ! Cette notion de travail étant étroitement lié au mot « métier » que vous prononcez à plusieurs reprises en évoquant des bouleversements en cours et à prévoir à coup sur, pourquoi ne pas proposer un concept radicalement différent qui permettrait de penser autrement ?

A la place de ce « métier-travail », parler de « place dans la société » tout en envisageant que le minimum vital est dû à tout être humain mis au monde sur notre planète. Car enfin, est-il acceptable par notre civilisation et son degré d'avancement (qu'en est-il vraiment ?), qu'avoir accès à ce qui est vital soit conditionné à quoi que ce soit ?

Et surtout à l'argent dont la seule façon (légale) de s'en procurer est le travail. Un travail de plus en plus rare tournant depuis toujours et de plus en plus autour d'une organisation hiérarchique aux objectifs diamétralement opposés (clairement, riches/dirigeants et pauvres/exécutants). Dans ce cadre là, la méritocratie (fer de lance du capitalisme-libéral) n'a jamais conduit à la justice mais depuis toujours aux inégalités.

Qui songerait, sciemment, à ne pas donner accès à sa nourriture et à son abri à un animal ? La situation actuelle a largement prouvé que nos « premières nécessités » sont exactement les mêmes et qu'elles sont seules et suffisantes à notre survie. Cet accès, considéré comme droit fondamental, devrait être le préalable à toute notre organisation sociétale. Cette idée n'est pas une utopie … puisque qu'elle fait son chemin et pas seulement comme expérience marginale (tout en étant depuis des siècles dans la pensée humaine).

Non, ce ne sont pas les valeurs (à tous les sens du terme) économiques mais les valeurs humaines qui devraient guider nos pensées, n'en déplaise au MEDEF et toutes les organisations patronales, seuls et véritables décideurs, qui vont jusqu'à dénoncer le frein au développement causé par la pensée écologique. Même Bruno Lemaire (ce matin 4 Mai sur France Inter) dénonce, avec fortes précautions linguistiques mais claires, cette pensée en « imposant » la priorité écologique pour notre avenir (sans doute n'a t-il pas eu de tête à tête récent avec Mr Roux de Bézieux, et je pense que le prochain va être « musclé » !).

Allez, un petit effort Monsieur Harté pour reconnaitre que le capitalisme à pour le moins atteint une limite. Celle de l'excès par lequel l'argent qui fait de l'argent renforcé par un modèle libéral sans limites nous conduit droit dans le mur. Cette expression certes imagée et largement galvaudée n'en est pas moins parfaitement représentative de ce qui nous attend.

En espérant recevoir un juste écho de votre part, je vous adresse mes sentiments les plus cordiaux.
Richard Pujo